Graff en Toiles

Le Mensuel de Rennes n° 55

Jean’s troué et veste à capuche. On ne s’étonnerait pas de croiser la silhouette façon Da Silva dans les couloirs de l’UBU ou sur la scène du DEJAZEY , à Rennes. L’homme a longtemps oscillé entre peinture et musique, avant de se consacrer pleinement à sa première passion. « Je reste marqué par mon expèrience de musicien. J’ai toujours l’impression de composer mes toiles. Je les tricote comme une chanson, avec un gimmick et des refrains. »

De la rock star, Yann Sciberras suit aussi le parcours. A 46 ans, le petit gars de Lorient affiche ses toiles aux couleurs chatoyantes et au graphisme enfantin dans les galeries des plus belles villes du monde. Megève, Paris, Londres …

Dans son atelier, niché dans des bureaux inoccupés derrière la clinique Sévigné, à Cesson, une dizaine de toiles attendent sous carton un départ pour New York. Une expo y est prévue en mars. « J’ai eu la chance de croiser les bonnes personnes et d’être repéré par les bonnes galeries, sourit-il modestement. C’est un tout petit monde. Et mon style n’est pas conventionnel. »

De quoi attirer l’oeil, assurément. Sciberras a ainsi eu la primeur d’un exercice en live pendant le 20h de TF1, le 31 décembre 2012 : cinq heures pour dessiner en rétrospective l’année écoulée. Les tueries perpétrées par Mohammed Merah, l’élection présidentielle ou le naufrage du Costa Concordia… L’actualité se cale sous son pinceau. Un exercice qu’il affectionne et maîtrise. « J’aime partir de ce qui se passe dans le monde pour peindre. Il y a une part de véhémence dans mes toiles. Mais j’essaie d’y mettre de la distance et de l’humour. »

Définitivement urbain et figuratif, très proche du graff, l’art de Sciberras sait rassembler des têtes de mort rigolardes, des personnages su-sexués et des flingues en tout genre sur des acryliques résolument joyeuses. L’homme ne cache pas ses influences : Dubuffet, Klee, Basquiat… « Qand j’étais gamin, je croyais que j’étais un génie parce que j’écrivais sur mes dessins. E puis je suis tombé sur un bouquin de Basquiat… Il n’ y a pas de génie, il n’y a que des gens qui s’inspirent.  »

Tiphaine Réto